Par une tiède fin d’été, dans un rêve éveillé,
Je retrouvai la déesse aux pieds nus.

Les herbes folles jaillissaient sous ses pas dansants
Tandis que lianes et feuillages accompagnaient ses hypnotiques volutes.
Quelque fleur capiteuse au parfum inconnu s’inclina pour saluer sa maîtresse,
Volant au passage une caresse sur son bras ambré.
Tout son être rayonnait ;
Pour elle, la végétation indomptée devenait tendre :
Les épineux rentraient leurs griffes et les floraisons fatales détournaient leurs poisons.
Toute la nature était allègre, acclamant sa progression vespérale.

Pourtant, elle portait dans son regard le poids des amours et des peine,
Et son sourire d’une infinie tristesse me brisa le cœur.
Les déesses ne sont-elles donc pas d’un marbre implacable, Baudelaire ?

Portée par un dernier adieu elle plongea dans l’immensité du ciel,
Et sœur oubliée de l’Aurore, teinta de ses doigts de pourpre le crépuscule ensanglanté.
Mais l’astre blessé ne faisait que feindre l’agonie,
Et bientôt elle réapparut resplendissante sous les traits de la lune dorée.
Libérée des contingences diurnes, elle hurlait à la nuit de toute sa clarté
Et parcourait les cimes des sous-bois avec ses frères loups.
Elle dévorait le monde qui l’avait dévoré dans une apothéose d’étoiles ;
Sa sauvagerie était pleine de fierté.

Son règne de lumière et de nuit ne pouvait-il durer à jamais ?
Je priai mon seigneur et maître qui égraine les heures de suspendre son cours
Mais il ne m’écouta point :
L’Aurore, perfide traitresse, vint la cueillir dans sa vigueur
Et son élan brisé ne fut recueilli que par le miroir d’une eau claire.
Son reflet perdura tout le petit jour
Tandis que les larmes de ce nouveau rêve assassiné rejoignaient l’océan des rivières.
Les lambeaux misérables de sa grandeur défunte
Drapèrent son humilité en un cocon protecteur.
Dans sa chrysalide, bercée par un soleil menaçant, elle attendait.

Aux heures plus clémentes, l’œuf de la création sans cesse renouvelée
Éclorait encore une fois ;
Elle revêtirait une nouvelle incarnation,
De nouvelles jambes pour danser la vie.

Peut-être, enfin, serait-elle éternelle ?